Gotham (2014)
Généralement, j'écris une critique peu de temps après avoir visionné/lu l’œuvre en question, sauf que dans le cas de « Gotham » il s'est passé plusieurs mois entre le visionnage et la rédaction de cet article. Tout simplement parce qu'au moment de regarder cette fiction, j'hésitais encore à publier mes critiques sur internet. Et comme je n'ai pas le courage de replonger dedans, je préfère en parler dès maintenant, vu que la série TV - dans sa globalité - est encore fraîche dans ma tête.

Mais avant de commencer cette critique, résumons le pitch de départ. On suit James Gordon (Ben McKenzie), un jeune policier qui débarque à Gotham City et qui est amené à travailler aux côtés de Harvey Bullock (Donal Logue), un vieux de la vieille qui connait les quartiers du coin comme sa poche. Plein d'idéaux, Gordon va vite se rendre compte la ville est rongée par le crime organisé et que les grandes instances sont corrompues. Un nouveau chapitre qui s'annonce sombre et sanglant s'ouvre avec le meurtre de Thomas et Martha Wayne, sous les yeux de leur fils, Bruce Wayne (David Mazouz) ; véritable point de départ d'une nouvelle vie qui l'amènera à devenir plus tard, le Batman.
Vous l'aurez donc deviné, on est sur un "préquel" des aventures de l'homme chauve-souris. J'ai mis des guillemets car il s'agit avant-tout d'une série TV qui s'inspire du personnage, de son environnement et n'est pas nécessairement la représentation d'une œuvre déjà existante. De ce fait, elle n'est pas obligée d'accepter pleinement cette idée de préquel et peut même aller jusqu'à déformer la vision que l'on a du personnage et de son univers. D'une certaine manière, on peut brandir cela comme une excuse pour justifier tout ce qui fut proposé dans Gotham et tant pis pour ceux qui auront détesté. Pourtant, même avec cette "carte blanche" au niveau créatif, le show se révèle décevant puisque rien n'est vraiment exploité. Ça aurait pu être la grande force de Gotham ; faire comprendre que tout peut arriver, que les scénaristes ont une liberté totale vis-à-vis de ce qui se passe dans les comic books et que la série n'est qu'un univers alternatif et parallèle. Ça aurait été génial de pouvoir surprendre les téléspectateurs et de proposer une fiction plus nerveuse. C'est d'autant plus dommage parce que pour peu que l'on connaisse un minimum l'univers de Batman, on sait déjà plus ou moins qui sera amené à continuer l'aventure Gotham ; si tant est, qu'une certaine logique - par rapport aux comic books - est conservée. Ce manque de surprises est l'un des points les plus embêtants à mon sens, mais il y en a d'autres, malheureusement.
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| "Les Feux de l'Amour" version DC Comics. |
Je vais évoquer l'une des premières choses qui m'a sauté aux yeux quand je regardais cette série : voir les super-vilains (c'est comme ça qu'on appelle les antagonistes de super-héros) presque déjà mature alors que Bruce Wayne n'a encore que 8 ans. Avant de me sauter dessus, je préfère développer mes propos : je ne dis pas qu'ils sont censé avoir le même âge, je parle de maturité créative (je ne sais même pas si ça existe, mais je vais développer). Faisant partie des gens qui ne connaissent pas trop Batman, j'ai été naturellement interpellé par ces personnages qui ne sont qu'à un pas (je dis bien "un pas") de devenir les criminels de demain. Je veux dire... quand je regarde Selina Kyle (Camren Bicondova) et que je la vois marcher à quatre pattes, avec le dos courbé, traîner avec des chats, voler de l'argent ou du lait (oui, du lait, pas de l'eau), je me demande au fond de moi si elle n'est pas déjà Catwoman. De mon point de vue, tant qu'à faire un "préquel", celui-ci aurait été l'occasion parfaite pour construire les personnages et offrir aux téléspectateurs l'impression qu'ils les suivent au quotidien, les voir évoluer au fil de l'histoire. Dans Gotham, ils sont presque déjà ceux que l'on imagine dans le futur, lorsque Bruce Wayne portera le costume du super-héros. On a un vrai manque d'équilibre à mon goût, j'aurais aimé voir les antagonistes parallèlement développés au futur Batman. Bon, je l'admet, je serais de mauvaise foi si je n'évoquais pas Oswald Cobblepot (Robin Lord Taylor) qui est - pour le coup - travaillé, on voit que ce qu'il subit l'amène à rêver plus grand et ne plus se contenter de porter le parapluie d'une mafieuse.
Je parlais de cette possible liberté créative, le fait que rien n'a été fait pour créer des moments marquants - chose que l'on a dans pas mal de série - le genre d'évènements qui font basculer la vie de certains personnages, ne fait que mettre en lumière le point du paragraphe précédent, à savoir que les personnages sont comme figés dans leur évolution et sont déjà ce qu'ils sont censés être plus tard et que par cela, nous n'avons plus rien à attendre les concernant. C'est typiquement le genre d'argument qui me ferait stopper le visionnage. Pourquoi regarder un show en sachant qu'il ne se passera rien de concret ? Le comble c'est de voir que même lorsque les scénaristes font l'effort de prendre une décision forte et décident qu'un personnage meurt, ils font marche-arrière par la suite en le ramenant à la vie via une science maîtrisée comme jamais par un mystérieux docteur. Un moyen de secours que les scénaristes vont utiliser de plus en plus à mesure que l'histoire avance, se reposant même constamment dessus pour d'abord corriger certaines décisions qu'ils n'assument plus, puis pour tenter de créer des "OMG moments" qui n'ont malheureusement plus aucun effet puisque Gotham en abuse fortement. Cela devient même une farce avec le pseudo Joker (Cameron Monaghan) puisqu'il nous fait des aller-retours à plusieurs reprises entre la vie et la mort ; c'est limite si le diable ne lui demande pas de lui rapporter un McDo à sa prochaine visite en enfer (oui, je pense qu'il ne peut raisonnablement aller au paradis).
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| Tu m'étonnes qu'il n'ait plus peur de mourir après... |
Autre fléau selon moi, le manque de subtilité. Qu'il est fatiguant de voir les scripteurs et producteurs prendre les téléspectateurs pour des cons... Dans Gotham, on nous fait bien comprendre - par exemple - que Edward Nygma (Cory Michael Smith) est l'Homme-Mystère, que ce soit par les points d'interrogations que l'on voit en gros plan lorsqu'il boit son café, les énigmes qu'il pose à ses collègues à longueur de journée, la couleur verte qui sert d'ambiance pour son appartement et probablement d'autres détails que j'ai oublié entre temps. Alors oui, on a peut-être là des clins d’œils pour les passionnés et le grand public ne se rendra compte de rien, mais quand les scénaristes en proposent massivement, ils n'en sont plus (des clins d’œils) et sont presque automatiquement associés aux personnages à l'écran et leur identification n'est qu'une question de seconde. Quand on voit une gamine habillée en vert, qui passe son temps à arroser des plantes à presque chaque scène où elle apparaît, que l'on apprend qu'elle s'appelle Ivy, c'est comme si une bannière apparaissait à l'écran avec la mention "Poison Ivy". Sans oublier les autres personnages, comme l'avocat qui joue à pire ou face. Les anglophones appellent cela du "fan service", faire plaisir aux gens en leur offrant ce qu'ils souhaitent, même si la définition initiale de cette pratique pointe surtout le fantasme sexuel des fans. Dans mon cas, j'aurais préféré que les personnages soient construits dans l'optique d'embrasser ces rôles-là par la suite, pas que l'on ait l'impression qu'ils le jouent depuis leur naissance. Je pars du principe que le "fan service" est mis en place pour tenter de cacher le vide qu'il y a dans une œuvre et quand on regarde Gotham, on se rend vite compte que le format à +20 épisodes par saisons est un gros problème, puisque les auteurs doivent meubler comme ils peuvent pour tenir une saison complète.
À titre personnel, je préfère le format 10-13 épisodes, on est presque sûr que le fil rouge de l'histoire avancera à un rythme régulier et qu'on ne traînera pas avec des scénarios futiles. Les séries comme Gotham sont trop lentes, certains épisodes sont vides d'intérêts, certains appellent cela une "série procédurale", elle propose parfois des épisodes que l'on peut très bien manquer et qui n'auront de toutes manières, aucune incidence sur la compréhension des évènements à venir. Je suis quelqu'un de patient en général (j'ai quand même réussi à regarder Smallville entièrement sans me couper une veine), mais c'est la première fois de ma vie que je me suis retrouvé face à une fiction que j'ai pensé arrêter. Mon petit frère - avec qui je regardais - me poussait à aller au bout ; quel ne fut pas mon bonheur d'apprendre que la dernière saison tenait sur "seulement" 12 épisodes. J'en profite pour dire qu'il s'agit - surprenamment - de la pire saison, car même avec aussi peu d'épisodes, il ne se passe quelque chose que lors du premier et du dernier épisode, tout le reste est à jeter. En y rependant, je suis assez choqué de voir que la FOX a accepté de diffuser une telle daube ou de payer/commander des épisodes après des saisons 3 et 4 déjà limite en terme de qualité/contenu. Je parlais du "fan service" pour combler les trous, les scénaristes ont probablement regardé les cases qu'ils n'avaient pas encore coché pour nous pondre un Bane du pauvre (Shane West) qui m'a davantage fait de la peine, qu'intimidé... c'est dire. Dans Gotham, j'ai surtout l'impression que l'objectif était d'insérer un maximum d'éléments de l'univers Batman pour séduire les gens, sauf que lorsqu'on ne fait rien de ces éléments... ce n'est pas divertissant pour un sous.
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| La critique est longue, mais j'ai presque fini. |
Allez, ils ont bien essayé de nous pondre des histoires d'amours parce que c'est ce que tout le monde a envie de voir quand on mate du Batman (ironie quand tu nous tiens) ; d'abord entre James Gordon et Barbara Kean (Erin Richards), puis entre cette dernière et Renee Montoya (Victoria Cartagena), ensuite cette même Barbara Kean a flirté avec une femme possédant un lasso, avant d'être avec Raʼs al Ghul (Alexander Siddig), c'est à se demander si elle ne s'est pas tapé tout Gotham City. On a eu également une histoire d'amour entre Oswald Cobblepot et Edward Nygma et personnellement, je n'ai pas été dérangé à l'idée qu'ils puissent être homosexuels ou bisexuels (dans le cas de Nygma), c'est juste que... c'était nul à suivre, tout simplement. Les relations amoureuses qu'a James Gordon manquent de prise de risques alors que ça aurait pu être l'un des éléments forts de la série vu la position que le personnage occupe. Au final, aucune des femmes qu'il a côtoyé n'a eu de réel impact significatif sur sa personne, on en revient à cette impression que j'évoquais plus tôt sur le fait que les protagonistes de l'histoire, dont James Gordon sont déjà ce qu'ils sont censés être plus tard après ce pseudo "préquel" de Batman.
On pourrait croire que j'exècre cette série, mais je trouve que tout n'est pas à jeter. D'abord, je suis assez content de voir que Gotham ne tourne pas qu'autour des super-héros et super-vilains (ça aurait été trop facile), on le voit notamment avec la guerre des gangs qui fait rage entre le clan de Salvatore Maroni (David Zayas) et celui de Carmine Falcone (John Doman), une manière de dire que la ville n'est pas juste une foire aux méchants à pouvoirs, mais qu'il y a tout un conflit politique dont les enjeux nous dépassent. Il y a aussi l'ascension de Pingouin qui est assez cool à suivre, le voir faire la vaisselle dans un restaurant pour montrer qu'il a monté les échelons au fil des missions qui lui étaient confiées, était un bon moyen de mettre l'accent sur le fait que la vie ne lui a fait aucun cadeau. J'ai également apprécié que la production en lumière les problèmes psychologiques d'Edward Nygma et comment il en est arrivé là, on se rend compte au final qu'il n'est pas foncièrement mauvais, qu'il avait au contraire, énormément d'amour à donner et que personne n'est à l'abri de péter un plomb un jour ou l'autre. Harvey Bullock est juste l'un des meilleurs protagonistes de la série, le mec ne se casse plus la tête, il est aussi "blasé" que moi quand je vois que la télévision française est polluée par la télé-réalité. Enfin, je trouve que la relation qu'entretiennent Bruce Wayne et Alfred Pennyworth (Sean Pertwee) est très touchante et cette série permet de mieux comprendre le lien qui unit les deux personnages. Alors qu'un néophyte qui regarde un film Batman pourrait être tenté de croire que Pennyworth n'est qu'un majordome lambda, Gotham nous montre qu'il est bien plus que cela et devient même la figure paternelle du super-héros en devenir. Additionnellement, on voit Bruce Wayne évoluer et c'est bien cool, il gagne en maturité à chaque épisode et montre aussi par certaines séquences qu'il n'est qu'un gamin et qu'il n'est pas à l'abri de faire des erreurs, mais apprend de celles-ci pour se forger petit à petit. C'est juste dommage que tous les personnages n'aient pas eu le même traitement ou une construction plus appuyée, plus travaillée.
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| Je vais conclure, promis. |
Conclusion : Je pense que vous l'aurez compris, je ne suis pas un grand fan de Gotham, il y a énormément de choses qui me dérangent dans cette série d'où le fait que je ne compte pas perdre mon temps à la regarder une nouvelle fois. Pourtant, je trouve qu'elle avait les armes pour s'imposer comme une des meilleures fictions de super-héros mais s'est perdue au fil des saisons jusqu'à tomber pleinement dans ses travers entraperçus lors des premiers épisodes. Quand on sait que les chaînes TV vivent au rythme des audiences et des critiques, Gotham a quand même réussi la belle prouesse de tenir presque cinq ans, je lui tire mon chapeau.
Note : 2 sur 5




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